Gustave dort : Albert Lemant

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En ce Sweet Friday des Livres tous azimuts, il y aura des frissons, du rêve, de l’humour et des gravures…Vos yeux s’écarquilleront d’effroi et se rempliront de merveilles ; alors, prêts ?

Bienvenue dans les nuits de Gustave, des nuits magiques, horrifiques, magnifiques ! Des créatures à foison peuplent son imagination. Elles s’invitent dans sa chambre et l’entraînent dans une folle sarabande, le laissant épuisé et heureux au petit matin, alors qu’il est déjà l’heure de se lever pour aller à l’école…C’est qu’elles sont trépidantes, les nuits de Gustave ! Il y croise Don Quichotte qui l’invite à « trucider des moulins à vent », puis des cosaques sanguinaires, Gargantua, le Chat Botté, Barbe-BleuePerrault, Rabelais, Cervantès, la « sainte Russie » mis côte à côte, cela vous rappelle quelque chose ? Eh oui, nous sommes bel et bien dans l’univers de Gustave Doré. Albert Lemant lui rend un hommage des plus réussis et des plus gourmands. Ses gravures (Albert Lemant a été taille-doucier), exposées dans ce bel album au format à l’italienne, démontrent une imagination truculente et débridée, qui pioche aussi du côté d’Alice au Pays des Merveilles, Tintin, Max et les Maximonstres, Little Nemo, et d’autres…Un formidable voyage dans le rêve, le conte, le bizarre, les peurs délicieuses…Allez, embarquez-vous !!

 

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C’est le musée d’Orsay qui a passé commande auprès d’Albert Lemant pour cet album jeunesse s’inscrivant dans l’exposition Gustave Doré (1832-1883) : l’imaginaire au pouvoir (18 février au 11 mai 2014). Il faut dire qu’Albert Lemant aime les musées. Cet illustrateur, qui est aussi graveur, peintre, écrivain jeunesse et adulte (cf. Bogopol, qu’il a signé Albert Lirtzmann aux éditions Panama, aujourd’hui malheureusement défuntes et qui avaient réédité des titres de La Bibliothèque de Babel, collection de littérature fantastique dirigée par Borges) a conçu et mis en scène plusieurs expositions. En compagnie de son épouse Kiki, plasticienne de son état, il a investi le musée du Quai Branly en 2010 lors de l’exposition La Route des Jeux, présentant une collection de jeux ayant appartenu au pirate Jean Lafitte, qui a réellement existé. Et toujours avec Kiki, il a installé des girafes géantes en papier mâché sorties tout droit de l’album Lettres des Isles Girafines (éd. Seuil Jeunesse), dénonçant avec humour et poésie le colonialisme en Afrique ; on trouve ses girafes actuellement au Museum d’histoire naturelle de Toulouse pour l’exposition Il était une fois…Girafawaland.

Il était normal qu’Albert Lemant croise la route de Gustave Doré, tous deux experts en diversifications artistiques, fantaisistes, oniriques, tous azimuts !

 

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Don Quichotte, Gustave Doré

 

De plus, Albert Lemant fait figure d’autorité en matière de contes et de frousse puisqu’il est l’auteur, entre autres, du désormais classique ABC de la trouille (éd. L’Atelier du Poisson Soluble, 2011) que l’on montre à nos bambins ravis et effrayés dans les écoles maternelles (ma fille Jeanne peut en témoigner) et du désopilant Les Ogres sont des Cons (éd. L’Atelier du Poisson Soluble, 2009).

Un univers « lemantesque » foisonnant, qui se nourrit de plaisirs, de frayeurs, de rêveries échevelées, de voyages au bout du monde et au bout de la nuit, et qui se déploie superbement dans cet album Gustave dort. Les gravures en double-page fourmillent de détails qu’on ne se lasse pas d’observer. Votre petit(e) compagnon (compagne) à qui vous ferez la lecture se sentira l’âme d’un(e) explorateur(trice) en plongeant dans ces illustrations qui remplissent les yeux, prendra plaisir à s’identifier au jeune Gustave et à reconnaître les personnages qu’il croise : oh ! Le Chat Botté ! Et ici, l’Ogre ; là, la Reine de Cœur d’Alice au Pays des Merveilles, ou encore les Trois Brigands (hommage délicieux à Tomi Ungerer). Et tout ce beau monde de s’interpeller, de se courir après, de se faire peur, de se faire tomber dans la marmite de l’un ou dans la grande bouche de l’autre, de se battre comme des chiffonniers…

L’on cherchera également au beau milieu de ce tumulte, dans chaque page, une petite poule couleur « vert Véronèse » qui accompagne Gustave. Voici ce qu’en dit Albert Lemant :

« On raconte qu’un jour en Alsace un petit garçon à qui on avait donné de la peinture mais pas de toile pour peindre n’aurait rien trouvé de mieux comme « support » qu’une petite poule qui passait par-là, et l’aurait entièrement recouverte de vert Véronèse. »

« On dit aussi que cette poule verte hanta longtemps les rêves, souvent noirs, du petit garçon qui, né en 1832, deviendra un des plus grands illustrateurs de tous les temps ».

 

On note ainsi que Gustave Doré était alsacien, de même que Tomi Ungerer (moi-même, du côté de mon père, mais bon, je reste complètement objective quant à la qualité de cet album 🙂 ), ce qui explique les maisons à colombage en toile de fond et les Alsaciennes à coiffe côtoyant Don Quichotte ou le Grand Méchant Loup.

 

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J’espère vous avoir donné l’envie de vous (re)plonger dans l’œuvre d’Albert Lemant. Si vous êtes un tant soit peu sensibles à l’humour, à l’imaginaire, au jeu, au beau, visitez illico le site de l’auteur.

A découvrir aussi (je ne l’ai pas encore lu malheureusement) son dernier ouvrage Encyclopédie de cet idiot d’Albert (toujours à L’Atelier du Poisson Soluble, septembre 2015).

Et rendez-vous à l’exposition de l’Abbaye de l’Escaladieu à Bonnemazon (Hautes-Pyrénées) intitulée Les Très riches heures (non pas du duc de Berry) de Kiki et Albert Lemant !

Publié en coédition par L’Atelier du Poisson Soluble et le Musée d’Orsay (janvier 2014)

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17 réflexions au sujet de « Gustave dort : Albert Lemant »

  1. Oh, tu n’es pas si âgé que ça, quand même ! Et puis n’hésite pas à feuilleter ce livre lors d’une visite en librairie ou médiathèque, on ne t’en voudra pas…cela m’arrive tout le temps de chiper des livres aux enfants 😉
    Merci pour ton retour positif en tout cas.
    Ah j’oubliais : il y a aussi une référence à Méliès avec Le Voyage dans la Lune ; te sachant cinéphile…

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  2. J’adore ! Je ne connaissais pas du tout Albert Lemant et je suis ravie de le découvrir ici. J’adore le côté étrange, un peu sinistre (sinon parfaitement terrifiant) et très référentiel : je vais attendre un peu avant d’en acheter à ma fille, qui risque d’être encore trop impressionnée par ces visuels, mais je garde cette référence pour plus tard. Merci pour cette belle et alléchante chronique !

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    1. Ah tant mieux si je t’ai convaincue 🙂
      J’avais découvert Albert Lemant grâce à cet album, impressionnée par la qualité de ses illustrations, et le trouvant en plus très sympathique (j’avais eu l’occasion de l’entendre lors d’une rencontre organisée dans une bibliothèque). Ensuite ma fille m’a fait découvrir »ABC de la trouille », et puis voilà, je suis devenue accro !

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      1. Oui, j’ajoute ce bel album à ma wish list! et je m’en vais de ce pas me renseigner plus en avant sur l’illustrateur 🙂 j’aime toutes ces belles découvertes grâce aux blogs !

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