Le tag du narcissique

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Quel est cet étrange tag qui sévit en ce moment et affole la blogosphère ? Il paraîtrait même qu’un club est en train de se créer : Le Club des Narcissiques…La personne qui en est à l’origine est Goran, chroniqueur des Livres, des films et autres. Pour fêter le premier anniversaire de son blog, il a créé tout spécialement ce tag ; je vous invite vivement à lire ses réponses, qui démontrent un sacré sens de l’autodérision   😉

A mon tour d’y répondre, je l’ai promis et après tout, cela fait toujours du bien de se passer un coup de brosse à reluire !

C’est parti…

Tous les articles que vous écrivez sont fabuleux, mais si vous deviez n’en garder qu’un lequel serait-ce ?
Quelle question difficile…pourquoi m’imposer ce choix ? Vous nous faites du mal, à mes lecteurs et à moi, voyons ! Allez, si je devais n’en garder qu’un, ce serait celui-ci, sur ce fabuleux roman de Réjean Ducharme [je ne m’en suis toujours pas remise d’ailleurs ; du roman, hein, pas de ma critique…]

Votre blog est bien entendu le meilleur qui soit et aucun autre ne lui arrive à la cheville, mais si vous deviez n’en proposer qu’un autre lequel serait-ce ?
J’ai beau chercher…m’arriver à la cheville, tout de même, c’est loin d’être évident…euh, vous me reposez la question plus tard ?
[Non, je ne pourrai jamais répondre à cette question, mes amis blogueurs sont tous plus beaux les uns que les autres ! ]

Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « en voilà une belle critique qui n’est malheureusement pas de moi » ou alors, comme tout narcissique qui se respecte cette idée ne vous a même pas traversé l’esprit ?
Effectivement, je ne dédaigne jamais lire les écrits des autres et il m’arrive d’être surprise, de me dire que oui, il y a des critiques (presque) aussi excellentes que les miennes…

 Possédez-vous un ex-libris ?
Pas encore, je réfléchis encore à ma devise…cela ne se fait pas à la légère voyez-vous. A personne exceptionnelle, devise exceptionnelle !

Vous arrive-t-il de suivre les conseils des autres blogueurs, ou bien seul votre avis compte ?
Je vais vous surprendre…oui, je suis les conseils des autres. Et vous faîtes bien de me poser cette question, parce que cela commence à bien faire : à cause de tous ces coups de cœur, ces critiques formidables, je passe l’essentiel de mon temps dans les librairies et les médiathécaires de mon quartier n’en peuvent plus de me voir fureter dans leurs rayonnages…et que dire de l’état de mon pauvre porte-monnaie ? C’est un drame, oui je vous le dis ! Il faut que cela cesse…

Parlez-vous de votre blog autour de vous ?
Cela dépend…j’aime préserver une part de mystère…

Vous est-il déjà arrivé de vous dire que vos critiques sont meilleurs que celles des professionnels ?
Mais…les blogueurs sont tous des lecteurs professionnels !

Avez-vous déjà googlisé le nom votre blog pour vérifier son pagerank ?
Non…je sais que mon blog est le meilleur et cela me suffit…

Vous souvenez-vous de la premières personne qui a commencé à participer à votre blog ?
Oui ! C’est ce cher Goran ! Vous savez son blog est très estimable, je l’encourage souvent d’ailleurs  😉  C’était à l’occasion de son article sur Les boîtes, de l’auteur hongrois Istvan Orkeny (allez, je lui fais un peu de pub, il le mérite bien) publié aux éditions Cambourakis alors que j’avais rédigé une critique excellentissime (la première de mon blog d’ailleurs, j’en garde un souvenir ému) sur un roman de Tarjei Vesaas publié également par Cambourakis, avec des similitudes dans la thématique ; je l’avais donc interpellé pour lui dire que j’avais aimé sa critique (quand je vous disais qu’il m’arrive d’être surprise…) et bien sûr pour lui donner le lien de mon précieux article !

Vous est-il déjà arrivé d’acheter un livre simplement parce que l’auteur portait le même prénom ou bien le même nom que vous ?
Non, et cela ne risque pas d’arriver, tout simplement parce que mon prénom est unique…

 

Et voilà ! J’espère ne pas vous avoir trop épouvanté par ces réponses ; en tout cas, je me suis bien amusée ! Si vous voulez prendre le relais, n’hésitez pas ! Vous aussi pouvez faire partie du Club…mais attention : il faut être exceptionnel(le) !

 

Pour terminer, je vous propose cette vidéo d’une interview de Salvador Dali, interrogé sur Picasso et lui-même ; l’interview démarre ainsi :

 

« – M. Salvador Dali, on affirme souvent que vous êtes l’un des deux peintres les plus célèbres au monde, êtes-vous de cet avis ?

– Je suis absolument persuadé que je suis le plus important de tous, en ce moment… »

 

Un régal ! Quel personnage…

 

 

 

 

Crédits photo : Tintin.com, Les bijoux de la Castafiore

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Naya ou la messagère de la nuit : Philippe Lechermeier et Claire de Gastold

 

Une plongée dans les rêves, dont la douceur triomphe de la guerre ; les hommes d’un village qui doivent leur salut à la force des femmes ; une jeune fille, Naya, au courage extraordinaire, messagère de vie et d’espoir ; une nuit aux beautés foisonnantes auxquelles les fusils et la cruauté des hommes ne résisteront pas ; des oiseaux échappant aux griffes des fauves, s’envolant toujours plus haut : tels sont les éléments de ce très joli conte, Naya ou la messagère de la nuit. La plume de Philippe Lechermeier, guidée par la délicatesse et l’amour porté à son héroïne, et les illustrations de Claire de Gastold, étourdissantes de couleurs et de poésie onirique, sont une véritable invitation au voyage, au cœur d’une nuit inoubliable…

Naya vit dans un village en lisière de jungle tropicale. Un véritable jardin d’Eden. Tous les jours, elle traverse la végétation luxuriante, défie sa peur du léopard, qui peut se cacher « derrière chaque arbre, derrière les feuilles que l’oiseau dérange ou les herbes que la gazelle foule » et se rend tout en haut de la montagne car elle est l’assistante du vieux maître Yacouba.

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Tous deux modèlent la terre rouge que l’on trouve au bord de la rivière. Sont sculptées des briques, ainsi que des figurines représentant les hommes du village. La tradition veut que chaque naissance masculine soit célébrée par le modelage d’une nouvelle silhouette et les doigts fins, très agiles de Naya parviennent à « donner vie à la terre ».

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Naya a un autre don : elle sait faire disparaître les cauchemars de ses proches en soufflant à l’oreille des dormeurs tourmentés des « rêves colorés ». Elle protège ainsi de sa voix douce et chuchotante ses petits frères et sœurs, les transportant dans un monde fabuleux d’oiseaux, de fleurs et de nuages.

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Mais un jour funeste, la guerre surgit. Le mur construit avec les briques tout autour du village pour le protéger n’a pas suffit à arrêter de mystérieux envahisseurs. Ils semblent venir d’une autre planète, menaçants avec leurs armures dorées et leurs capes noires. Ils possèdent des armes redoutables et paraissent invincibles.

« Flèches comme milliers de guêpes et de frelons.

Balles de fusils comme pluie de feu.

Boulets de canon comme foudre de pierre.

Pendant plusieurs jours, la guerre s’abat sur le village.

Elle blesse corps et âmes, hommes et femmes,

parents et enfants (…) »

 

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Ils ont détruit les figurines de terre devant la maison du vieux Yacouba. Et les oiseaux fuient devant ces fauves rugissants, les crocs acérés ; ne restent que les vautours, gris et noirs. Le village est vaincu après une rude bataille. Le chef de ces guerriers venus de nulle part salue d’une bien étrange façon le courage des villageois qui se sont vaillamment défendu : il épargnera les femmes et les enfants qui pourront partir au petit matin en emportant tout ce qu’ils peuvent, tandis que les hommes resteront captifs, lui appartenant désormais corps et âme. Cruel marchand d’hommes…

Naya ne peut se résoudre à un tel chagrin, à quitter son père et le jeune homme dont elle était secrètement amoureuse. Elle mobilise alors tout son courage au cours de cette nuit ultime qui précède le départ. Alors que tout le monde est endormi, elle affrontera les ténèbres de la jungle et les yeux brillants des prédateurs. Et elle chuchotera, encore une fois, de sa voix apaisante, murmurera à l’oreille des femmes pour créer, modeler, le rêve le plus beau qui soit :

« A l’oreille de ses cousines

et amies, à l’oreille de ses voisines, de toutes les femmes du village,

elle souffle le même rêve. Et la nuit redevient calme comme autrefois.

Comme avant que la guerre n’ait pénétré dans le village.

Et toutes les femmes font le même rêve.

Un rêve de force et de courage ».

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L’écriture de Philippe Lechermeier nous enveloppe, comme la voix délicate de Naya. Elle est chaleureuse, émouvante, rendant grâce à sa belle héroïne et au courage des femmes. Elle a l’élégance et le charme des contes, nous plongeant dans l’imaginaire délicieux de la nuit et dans l’universalité d’une histoire traversée par de belles valeurs où le salut se trouve dans la générosité, la douceur et la puissance des rêves.

Les illustrations de Claire de Gastold subliment littéralement le texte. Le travail de la couleur est remarquable, tout en éclat, lumière et profondeur avec ce magnifique bleu de nuit (La couverture est saisissante, attire immédiatement l’œil ; je vous mets au défi d’y résister ! )

Les pages fourmillent de détails exquis, à la façon du Douanier Rousseau, qu’on prend grand plaisir à examiner, tout comme on décortiquerait un rêve, avec gourmandise, ravis de toute cette généreuse exubérance. Et les oiseaux…quelle réussite ! Il y en a de toute sorte, arborant de si beaux plumages : flamants roses, colibris, perroquets, toucans, aigles, aigrettes… Ces messagers des beautés de la nuit et des espoirs du jour, ces passeurs entre les mondes, s’élèvent bien haut, au-dessus du tumulte, jusqu’aux cimes des arbres, des montagnes et des rêves…

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Je remercie vivement les éditions Thierry Magnier de m’avoir envoyé cet album. J’ai fait un très beau voyage en sa compagnie.

 

Je vous invite à vous rendre sur la page Facebook de Philippe Lechermeier.

 

Et partez loin, très loin, dans le merveilleux univers de Claire de Gastold grâce à son site.

 

 

Publié aux éditions Thierry Magnier en septembre 2016.

Ni terre ni mer : Anne von Canal

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Ni terre ni mer, ou le récit d’une vie sans ancrages, ballottée par les coups du sort, cruels mais aussi prodigues de joies et de douceur inattendues. Une vie à la dérive que l’on peine à maîtriser en dépit des choix que l’on a cru nécessaire de faire pour s’opposer à ceux que d’autres ont fait pour nous. Une vie qui laisse espérer atteindre le rivage se dérobant malheureusement trop souvent, s’effritant lorsqu’on a eu la chance de crier « Terre ! » Une vie sans trop de racines, ni père ni mère, car ceux-ci nous ont fait trop de mal et qu’on a préféré prendre le large. Une vie qui, même si on est entouré d’immensité, sur une mer d’huile ou une mer démontée, ne cesse de se rappeler à nous.

Une vie à laquelle tente d’échapper Lawrence Alexander, pianiste sur des bateaux de croisière, ne débarquant jamais lors des escales. La musique est son refuge, le piano « la seule faculté qui [lui] soit restée » et les cabines, minuscules, au hublot impossible à ouvrir, aux portes qui lorsqu’elles se referment font un bruit sourd, « agréablement définitif », sont les seuls espaces qui lui conviennent totalement. Anne von Canal, auteure allemande qui signe ici son premier roman, nous raconte l’histoire terrible, banale et extraordinaire de ce pianiste blessé, devenu solitaire. Son écriture habile entrelace plusieurs récits, orchestre différentes temporalités comme autant de vagues de souvenirs, de flux d’impressions, de mouvements musicaux, de bouts de vie qui s’assemblant, se répondant, finissent par faire sens. Lawrence Alexander, qui est aussi Lorenzo, qui fut dans une autre vie Victor Alexander Laurentius Simonsen ou Laurits, est un personnage profondément émouvant que l’on accompagne dans ses épreuves et ses réconforts, ses belles émotions musicales, et que l’on quitte à regret car on voudrait être sûr, avant de refermer le livre, qu’il soit enfin parvenu à (re)gagner la terre ferme.

Le roman s’ouvre sur un appel de détresse. Un bateau est en train de sombrer. On ignore son nom. On ne sait pas quand cela s’est passé. Ce qu’on sait, c’est qu’il transportait 850 passagers qu’il a plongés dans des eaux glaciales, au cœur de la nuit. Puis la lumière revient. Il est 14h. Nous sommes en 2005. Commence un autre récit. Lawrence vient d’embarquer pour une nouvelle croisière (une ultime croisière ?). Il enchaîne un contrat de plus en tant que pianiste-animateur-faiseur de bruit de fond, ou autrement dit « un pianeur ». Il tourne le dos à Venise, où il s’est posé quelques jours. Mais il est contrarié, angoissé et son embarquement ressemble à une fuite. Rosa vient de lui apprendre qu’elle est enceinte : une vie à 3 s’annonce ; une vie qui le rattache à autrui, à un lieu, une vie qui germe et dont il ne veut pas, ou plutôt dont il ne veut plus. Il va s’en expliquer dans un journal de bord. Dans la solitude de sa cabine, il pose sur le papier ses angoisses, réminiscences de vies passées. Vient alors un troisième récit dans lequel il jouera sa partition la plus personnelle.

De blessures d’enfance en amours intenses, de secrets de famille en rêves disparus, Lawrence, Laurits ou Lorenzo n’en finit pas de se perdre, épuisé par le flux et reflux d’événements qu’il n’a pas pu maîtriser, contraint au renouveau pour ne pas sombrer :

« Combien de fois peut-on recommencer de zéro ? Combien de chances a-t-on dans sa vie ? Et combien de fois supporte-t-on ça ? Combien de fois puis-je muer avant qu’il ne reste plus rien de moi ? »

La musique heureusement est sa constante. Elle varie elle aussi mais sa puissance demeure intacte. Alors que Schubert, Chopin et Haydn l’accompagnaient quand il préparait son entrée au Conservatoire de Stockholm, il se réfugie à présent dans Metamorphosis de Philip Glass. La musique, la seule véritable compagne qu’il souhaite à ses côtés. Elle est source vitale et combat douloureux. Elle lui a fait éprouver la tyrannie d’un père hostile à toute ambition artistique. La famille Simonsen a toujours été une famille respectable de la bourgeoisie stockholmoise et son patriarche, Magnus, illustre professeur en ophtalmologie, ne supportait pas que son fils prenne le risque de compromettre sa réputation et sa dignité. Et ce n’est pas sa mère, Amy, épouse soumise évaporée dans l’alcool, qui a pu l’aider. Il y a eu heureusement sa professeure de piano, Melle Andersson, et plus tard la rencontre lumineuse et inattendue avec la sensuelle et indépendante Silja.

Les mots courent sur le papier, les notes surgissent de souvenirs enfouis mais elles résonnent aussi un peu creuses au cours de la croisière lorsqu’on lui demande de faire son travail et de jouer pour la énième fois « Besame Mucho » ou « As time goes by » (« Play it again, Sam », lui dit avec un large sourire un « vieux mâle en rut plein aux as » lui fourrant un billet dans la poche).

Combien de temps encore Lawrence se satisfera-t-il de la monotonie des croisières, de l’espace clos d’un bateau ? Combien de temps se réfugiera-t-il dans la solitude pour échapper au passé ? Répondra-t-il à l’appel de Rosa et regagnera-t-il les côtes ?

« La solitude, est-ce un sentiment de vide ou de plénitude ? Ca prend beaucoup de place, en tout cas, ça chasse presque tout le reste. Ca rassasie et, en même temps, ça donne faim ».

Un livre qui m’a beaucoup touchée. L’écriture, sobre, classique, se met entièrement au service de son personnage. Elle permet de ressentir une grande et belle empathie pour Lawrence. Ce roman, très bien construit, nous plonge adroitement, subtilement, au cœur de l’intime et nous conduit de plus vers une fin inattendue, réellement bouleversante, que je ne vous dévoilerai pas bien sûr   🙂

Un grand merci à Antigone qui m’a mis ce livre entre les mains ! Il faisait partie en effet d’une boîte littéraire que j’ai remportée à l’occasion du concours qu’Antigone organisait pour les 10 ans ( ! ) de son blog. J’avais reçu de belles surprises dans ma boîte aux lettres.

Je vous invite à lire le beau billet qu’Antigone avait rédigé et qui m’avait donné l’irrésistible envie de découvrir Ni terre ni mer.

 

 

 

Publié en mars 2016 par les éditions Slatkine & Cie.
Traduit de l’allemand par Isabelle Liber.

Par une belle nuit d’hiver : Jean E. Pendziwol et Isabelle Arsenault

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Je n’ai pas résisté à vous chroniquer cet album d’une grande délicatesse. La résonance était trop belle avec ma lecture précédente Une nuit pleine de dangers et de merveilles de Carl-Keven Korb et Kevin Lucbert : on retrouve encore du Québec avec le merveilleux talent de l’illustratrice Isabelle Arsenault, au diapason de l’écriture aimante, chuchotante et enveloppante de la canadienne Jean E. Pendziwol. Les nuits sont décidément magiques dans cette région du monde ! Et les étoiles n’en finissent pas de scintiller dans ces longues nuits au plein cœur de l’hiver. Nul danger rassurez-vous dans cet album, nul effroi « korbesque » ou « lucbertien » ! Aucune trace de l’abominable Tranchemontagne. Ici la nuit est sereine et promet à un petit garçon profondément endormi bien des merveilles. C’est la nuit de la première neige qui tombe. Les flocons recouvrent le sol « d’une couverture toute douce », aussi douce que celle dans laquelle l’enfant s’est blotti. Les animaux sortent de leur abri et foulent le beau tapis blanc. Les arbres s’ornent de diamants étincelants et le ciel se pare de couleurs changeantes. Tout fait de cette nuit un véritable tableau que notre petit garçon pourra contempler quand il se réveillera…

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« Je commence par un tout petit flocon,

un flocon parfait,

merveilleux

et unique,

comme toi.

Puis j’en peins un autre,

Et un autre encore ».

La nuit est noire, très noire dans laquelle dort le petit garçon aux poings fermés mais c’est pour mieux préparer un fabuleux spectacle. Théâtre d’ombre puis de lumières, la nuit s’anime peu à peu. Éclairée par la neige et la lune, elle laisse apparaître une Nature gracile et généreuse.

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A une subtile palette de gris, Isabelle Arsenault ajoute des touches délicates de couleurs : le vert des pins, le rouge des pommes que mangent la biche et son faon, les yeux jaunes de la chouette, maîtresse impériale de la nuit, le roux du renard (merveilleux renard qui apparaissait déjà dans l’album Jane, le renard & moi) et le ciel devenu violet, également chahuté par « des mélodies de vert, de rose et d’orange ».

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Mélangeant le crayon, la gouache, l’aquarelle et l’encre, Isabelle Arsenault n’est-elle pas le peintre de ce tableau nocturne ? La finesse de son trait et la douceur des tons apportent une réelle féerie à cette nuit d’hiver.

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Le texte de Jean E. Pendziwol est lui aussi éclatant de douceur. Les mots font de ce petit garçon le petit prince d’une nuit qui se fait belle rien que pour lui. Elle l’enveloppe de sa bienveillance et lui chuchote des mots précieux :

« D’un coup de pinceau,

la lune t’envoie de ma part

un baiser tout doux,

et le vent te murmure

« je t’aime ».

Un livre qui nous est devenu cher à mon petit garçon et à moi. Ses lectures et relectures nous font chaud au cœur et présentent la nuit comme un moment apaisé, réconfortant et magique, empli de jolies promesses.

Je tiens à remercier Madame lit dont le blog recèle lui aussi de très belles découvertes. C’est en lisant ses billets sur les précédents albums illustrés par Isabelle Arsenault Virginia Wolf et Jane, le renard & moi (on y retrouve Jane Eyre) que j’ai fait la connaissance de cette artiste québécoise qui se fait l’alliée de textes empreints de littérature, de poésie et de sentiments forts et subtils, tels qu’en peuvent ressentir les enfants et adolescents. Vous pouvez lire aussi ce billet sur sa dernière œuvre, Une berceuse en chiffons : la vie tissée de Louise Bourgeois.

Je vous invite ardemment à visiter le site d’Isabelle Arsenault, quasi sûre que vous serez charmés.

Et pour mieux connaître Jean E. Pendziwol, c’est par ici.

Voilà plusieurs lectures que je fais sur la Nuit. Cela me donne des envies de vagabondages et d’explorations en tout genre…Je crois que j’aimerais y consacrer un mois thématique ! Décembre serait particulièrement approprié étant le mois de la nuit la plus longue. Si vous êtes intéressés, vous pourriez y participer. Toute lecture serait bienvenue : fictions jeunesse et adulte (littérature « blanche », SF, polar, fantastique…), albums, BD, essais pourquoi pas…Cela se ferait en toute légèreté : du plaisir avant tout, pas de contrainte, une seule œuvre lue pourrait largement suffire.

Cela me plairait beaucoup. Je vais y réfléchir et reviens vers vous rapidement. A bientôt !

Publié par les éditions Magnard Jeunesse en janvier 2014