Par une belle nuit d’hiver : Jean E. Pendziwol et Isabelle Arsenault

WP_20160831_20_30_16_Pro

Je n’ai pas résisté à vous chroniquer cet album d’une grande délicatesse. La résonance était trop belle avec ma lecture précédente Une nuit pleine de dangers et de merveilles de Carl-Keven Korb et Kevin Lucbert : on retrouve encore du Québec avec le merveilleux talent de l’illustratrice Isabelle Arsenault, au diapason de l’écriture aimante, chuchotante et enveloppante de la canadienne Jean E. Pendziwol. Les nuits sont décidément magiques dans cette région du monde ! Et les étoiles n’en finissent pas de scintiller dans ces longues nuits au plein cœur de l’hiver. Nul danger rassurez-vous dans cet album, nul effroi « korbesque » ou « lucbertien » ! Aucune trace de l’abominable Tranchemontagne. Ici la nuit est sereine et promet à un petit garçon profondément endormi bien des merveilles. C’est la nuit de la première neige qui tombe. Les flocons recouvrent le sol « d’une couverture toute douce », aussi douce que celle dans laquelle l’enfant s’est blotti. Les animaux sortent de leur abri et foulent le beau tapis blanc. Les arbres s’ornent de diamants étincelants et le ciel se pare de couleurs changeantes. Tout fait de cette nuit un véritable tableau que notre petit garçon pourra contempler quand il se réveillera…

WP_20160831_20_32_10_Pro

« Je commence par un tout petit flocon,

un flocon parfait,

merveilleux

et unique,

comme toi.

Puis j’en peins un autre,

Et un autre encore ».

La nuit est noire, très noire dans laquelle dort le petit garçon aux poings fermés mais c’est pour mieux préparer un fabuleux spectacle. Théâtre d’ombre puis de lumières, la nuit s’anime peu à peu. Éclairée par la neige et la lune, elle laisse apparaître une Nature gracile et généreuse.

WP_20160831_20_32_39_Pro

WP_20160831_20_33_06_Pro

A une subtile palette de gris, Isabelle Arsenault ajoute des touches délicates de couleurs : le vert des pins, le rouge des pommes que mangent la biche et son faon, les yeux jaunes de la chouette, maîtresse impériale de la nuit, le roux du renard (merveilleux renard qui apparaissait déjà dans l’album Jane, le renard & moi) et le ciel devenu violet, également chahuté par « des mélodies de vert, de rose et d’orange ».

WP_20160831_20_33_36_Pro

WP_20160831_20_40_15_Pro

WP_20160831_20_35_06_Pro

Mélangeant le crayon, la gouache, l’aquarelle et l’encre, Isabelle Arsenault n’est-elle pas le peintre de ce tableau nocturne ? La finesse de son trait et la douceur des tons apportent une réelle féerie à cette nuit d’hiver.

WP_20160831_20_34_35_Pro

WP_20160831_20_34_43_Pro

Le texte de Jean E. Pendziwol est lui aussi éclatant de douceur. Les mots font de ce petit garçon le petit prince d’une nuit qui se fait belle rien que pour lui. Elle l’enveloppe de sa bienveillance et lui chuchote des mots précieux :

« D’un coup de pinceau,

la lune t’envoie de ma part

un baiser tout doux,

et le vent te murmure

« je t’aime ».

Un livre qui nous est devenu cher à mon petit garçon et à moi. Ses lectures et relectures nous font chaud au cœur et présentent la nuit comme un moment apaisé, réconfortant et magique, empli de jolies promesses.

Je tiens à remercier Madame lit dont le blog recèle lui aussi de très belles découvertes. C’est en lisant ses billets sur les précédents albums illustrés par Isabelle Arsenault Virginia Wolf et Jane, le renard & moi (on y retrouve Jane Eyre) que j’ai fait la connaissance de cette artiste québécoise qui se fait l’alliée de textes empreints de littérature, de poésie et de sentiments forts et subtils, tels qu’en peuvent ressentir les enfants et adolescents. Vous pouvez lire aussi ce billet sur sa dernière œuvre, Une berceuse en chiffons : la vie tissée de Louise Bourgeois.

Je vous invite ardemment à visiter le site d’Isabelle Arsenault, quasi sûre que vous serez charmés.

Et pour mieux connaître Jean E. Pendziwol, c’est par ici.

Voilà plusieurs lectures que je fais sur la Nuit. Cela me donne des envies de vagabondages et d’explorations en tout genre…Je crois que j’aimerais y consacrer un mois thématique ! Décembre serait particulièrement approprié étant le mois de la nuit la plus longue. Si vous êtes intéressés, vous pourriez y participer. Toute lecture serait bienvenue : fictions jeunesse et adulte (littérature « blanche », SF, polar, fantastique…), albums, BD, essais pourquoi pas…Cela se ferait en toute légèreté : du plaisir avant tout, pas de contrainte, une seule œuvre lue pourrait largement suffire.

Cela me plairait beaucoup. Je vais y réfléchir et reviens vers vous rapidement. A bientôt !

Publié par les éditions Magnard Jeunesse en janvier 2014

Publicités

Les rêves rouges : Jean-François Chabas

product_9782070665587_195x320Lachlan, adolescent canadien de 14 ans, vit seul avec sa mère Flower Ikapo, une indienne Okanagan au caractère fort et intransigeant qui n’a pas hésité à rompre tout lien avec sa communauté quand elle était jeune fille et enceinte.

Lachlan a pour meilleure amie Daffodil Drooler, une fille de sa classe aux yeux mauves, à l’intelligence vive et qui ne peut s’empêcher de s’arracher les cheveux, les sourcils et les poils (elle souffre de trichotillomanie). Leur amitié est plus forte que les moqueries des élèves du collège et Lachlan est véritablement fasciné par la personnalité de Daffodil.

Un jour, celle-ci prétend avoir vu Ogopogo, le monstre des vieilles légendes indiennes qui hante le lac de Okanagan. Lachlan la croit et veut à son tour voir celui qui, comme le monstre du Loch Ness, fait fantasmer les habitants de la région. S’ensuivent alors des événements étranges qui vont perturber le quotidien de Lachlan et de sa mère, et aussi celui de toute la ville dans laquelle ils habitent : agressions, insultes racistes anonymes, violences familiales qui éclatent au grand jour… Les tensions s’exacerbent dans la chaleur accablante de l’été et Ogopogo semble être partout…

Les rêves rouges
est un roman qui happe le lecteur, le plongeant dans le mystère des légendes amérindiennes et les secrets jusque-là bien enfouis d’une petite ville.  A la fois roman fantastique et roman policier, Les rêves rouges nous réserve également des moments plus intimes. La relation entre Lachlan et sa mère est très forte et très belle, tous deux épris de liberté. Lachlan et Daffodil, en amis et amoureux débutants, sont extrêmement touchants. La jeune fille aux yeux mauves est en effet un magnifique personnage que nous offre Jean-François Chabas. On se souvient d’elle longtemps après avoir refermé le livre.

Les rêves rouges de Jean-François Chabas, éd. Gallimard Jeunesse, coll. Scripto
Sortie le 10 avril 2015